I - Introduction
La rupture du tendon rotulien est relativement rare chez le sportif. Si Blazina en fait, dans sa classification, le stade ultime de la tendinopathie chronique, il n'a pas été prouvé que la rupture tendineuse survient toujours sur un tendon préalablement fragilisé. Néanmoins la tendinopathie rotulienne chronique, qui s'installe à la faveur de micro-traumatismes itératifs sur l'appareil extenseur, en particulier dans le cadre des sports de détente, constitue un facteur favorisant indéniable. L'énergie mécanique nécessaire à la rupture sera d'ailleurs, d'autant moins importante que la rupture survient sur un tissu tendineux fragilisé. A contrario, la rupture d'un tissu tendineux sain suppose des mécanismes traumatiques à haute énergie, où l'implication d'une violente contraction excentrique du quadriceps est souvent retrouvée.
Le traitement toujours chirurgical, lorsque la rupture est totale, doit être suivi d'une rééducation bien conduite, pour ne pas compromettre les processus de cicatrisation tissulaire. L'introduction des contraintes sur le tendon devra se faire précocement, mais de façon progressive afin de favoriser la formation d'un tissu cicatriciel de qualité et de redonner au tendon ses propriétés de rigidité et d'élasticité.
II - Méthode et matériel
Le travail que nous avons réalisé, constitue une étude rétrospective portant sur 19 dossiers de sportifs hospitalisés au CERS pour rupture tendineuse rotulienne opérée. Il s'agit de sportifs, tous compétiteurs, au moins de niveau régional.
Le délai d'admission dans les suites de l'intervention est en moyenne de 54 jours, E.T. = 41, inférieur à 45 jours pour 10 patients entre 45 et 90 jours pour 6 patients et supérieur à 90 jours pour 3 patients.
Les données que nous avons colligées sont le sport pratiqué, l'âge, le sexe, le mécanisme traumatique, les antécédents (tendinopathie chronique, infiltrations...). Nous avons également recueilli les données concernant le suivi clinique des patients opérés et les modalités de rééducation avec les complications, le cas échéant.
Un questionnaire a été envoyé aux patients, entre 12 et 24 mois de l'intervention, afin de déterminer le délai et le niveau de reprise du sport, l'existence de douleurs au moment de l'enquête, ainsi que la survenue éventuelle de problèmes au décours du séjour au CERS.
III - Résultats
Données générales
L'âge moyen des patients est de 25.9 ans ET = 4,9 ; 18 sont de sexe masculin et 1 de sexe féminin.
La durée moyenne de séjour est de 29 jours, ET = 13 jours.
Sur les 19 sportifs, 5 pratiquent le Rugby, 4 le football, 7 pratiquent un sport de détente (2 le Volley, 2 l'Athlétisme, 2 le Basket, 1 le Trampoline), 1 le base-ball, 1 le tennis, 1 le snowboard (voir Tableau 1).
Pour ce qui concerne la latéralité de la lésion, dans 13 cas le pied d'appel est concerné, dans 1 cas le pied d'appel est indifférent, dans 1 cas la rupture ne concerne pas le pied d'appel et dans 4 cas nous ne pouvons pas répondre pour un problème de recueil de données.
Les antécédents
L'existence d'antécédents de tendinopathie chronique homolatérale ou bilatérale symptomatique est retrouvée dans 7 cas (37%). Un patient a d'ailleurs fait l'objet d'un peignage 4 ans auparavant et un autre a fait l'objet d'une infiltration cortisonée. Ce dernier présentait également des séquelles de Sinding Larsen. Un athlète, dont la spécialité est le triple saut, a fait l'objet d'une rupture tendineuse rotulienne controlatérale.
Dans 2 cas la rupture tendineuse survient à 6 mois et à 2 ans d'une ligamentoplastie par transplant libre du tendon rotulien. Enfin dans 1 cas, on retrouve un décollement de la TTA 3 ans avant la rupture tendineuse (voir Tableau 1).
Le mécanisme traumatique
Le mécanisme traumatique implique un saut (impulsion ou réception) dans 8 cas. Le rôle d'un traumatisme indirect du genou, quadriceps contracté, (glissade, placage, tacle, …) est retrouvé dans 6 cas, la rupture tendineuse s'associant dans 2 cas à une rupture du LCA et dans 1 cas à une déchirure du LLI. Dans 1 cas la rupture se produit à la faveur d'une hyperflexion du genou, quadriceps contracté. A 2 reprises, un traumatisme supposé mineur est retrouvé, à savoir, une simple prise d'appui, un shoot dans le ballon. Dans 1 cas, le mécanisme traumatique n'est pas déterminé (direct, indirect ?) car faisant suite à une chute en 2 roues. Une seule fois le traumatisme est direct : coup de manchette au rugby (Tableau 1).
| N° |
Sport pratiqué |
Age |
Antécédent |
Mécanisme traumatique |
Bilan lésionnel |
Chirurgie |
| 1 |
Foot |
25 |
Tendinopathie rotulienne chronique + infiltration (1) + séquelles de Sinding Larsen |
Sur une prise d'appui au foot |
TR |
Suture |
| 2 |
Foot |
30 |
- |
Indirect au foot |
TR + LCA |
Suture + Plastie Lemaire (+ plastie LCA 1 an après) |
| 3 |
Foot |
30 |
Tendinopathie rotulienne chronique |
Shoot |
TR + TQ |
Suture + cadre métallique |
| 4 |
Volley |
32 |
Tendinopathie rotulienne chronique |
Impulsion de saut |
TR |
Suture + cadre métallique |
| 5 |
Basket |
28 |
Tendinopathie rotulienne chronique opérée (1 an) |
Impulsion de saut |
TR |
Suture renforcée |
| 6 |
Base-Ball |
24 |
Plastie LCA au TR (6 mois) |
Indirect (glissade dans un escalier) |
TR |
Suture renforcée |
| 7 |
Tennis |
20 |
Tendinopathie rotulienne chronique |
Impulsion de saut (football) |
TR |
Suture renforcée + cadre métallique |
| 8 |
Trampoline |
21 |
- |
Indirect (trampoline) |
TR + LCA |
Suture + cadre (+ plastie du LCA 8 mois après) |
| 9 |
Athlétisme |
26 |
Rupture tendon rotulien controlatéral (4 ans) |
Impulsion (saut à la perche) |
TR |
Suture + cadre métallique |
| 10 |
Snow board |
26 |
- |
Indéterminé (Chute en 2 roues) |
TR |
Suture + cadre métallique |
| 11 |
Foot |
25 |
- |
Indirect (tacle) |
TR |
Suture + cadre métallique |
| 12 |
Rugby |
24 |
Tendinopathie rotulienne chronique |
Direct au rugby (manchette) |
TR |
Plastie avec tendon rotulien controlatéral |
| 13 |
Volley |
24 |
- |
Impulsion au volley |
TR |
Suture + plastie avec ½ Tendineux + cadre métallique |
| 14 |
Rugby |
24 |
- |
Hyperflexion au rugby |
TR |
Suture + cadre métallique |
| 15 |
Athlétisme |
32 |
Tendinopathie rotulienne chronique opérée (2 ans) |
Impulsion de saut en longueur |
TR |
Suture |
| 16 |
Basket |
17 |
Décollement de la TTA (3 ans) |
Réception d'un saut au basket |
TR |
Suture + cadre métallique |
| 17 |
Rugby |
26 |
Plastie LCA au TR (2 ans) |
Indirect, sur un placage |
TR + LLI |
Plastie avec ½ tendineux + cadre métallique. Réparation LLI |
| 18 |
Rugby |
38 |
- |
Indirect, sur un placage |
TR |
Suture |
| 19 |
Rugby |
24 |
- |
Réception d'un saut au rugby |
TR |
Suture + cadre métallique |
Tableau 1
Les techniques opératoires et consignes du chirurgien :
Les techniques opératoires utilisées sont diverses, il s'agit, soit de sutures simples (en plein corps ou à l'insertion tendineuse) pour 13 cas, soit de sutures renforcées par lame de PDS ou nylon, pour 3 cas. La technique opératoire a consisté, pour 3 cas, en une reconstruction avec greffon tendineux (demi-tendineux, tendon rotulien controlatéral).
Dans 11 cas la réparation tendineuse a été protégée par un cadre métallique (voir Tableau 2).
La durée d'immobilisation prescrite par le chirurgien, à l'issue de l'intervention est également très variable et dépend, pour partie, de la solidité de la réparation tendineuse.
Tous les patients sauf 1 ont été immobilisés dans les suites de l'intervention, avec une durée moyenne d'immobilisation de 36,5 jours (ET = 19). L'appui partiel a été autorisé d'emblée pour tous les patients sauf pour 1 d'entre eux, qui a été mis 30 jours en décharge, à la demande du chirurgien. La rééducation a débuté en moyenne au 25ème jour postopératoire (ET = 19), en ambulatoire pour une majorité de patients. L'ablation du cerclage métallique a eu lieu entre le 60ème et le 120ème jour.
L'évolution clinique durant le séjour en centre de rééducation :
Sur le plan clinique, lors du bilan de sortie à 83 jours (ET = 38), tous les patients déambule sans canne. Le périmètre rotulien est, en moyenne, à + 2cm ET = 0.5. Il existe une lame liquidienne dans 13 cas, le genou étant sec dans 6 cas. La flexion moyenne est mesurée à 129° ET = 15. Lorsqu'un cadre métallique à été utilisé, la flexion atteint 126° (ET = 17) contre 130° (ET = 11) lorsqu'il n'a pas été utilisé. Un patient, qui a fait l'objet d'un cerclage, conserve un genou raide à 4 mois et demi de l'intervention, avec une flexion limitée à 90°.
L'amyotrophie est variable, relativement importante, avec en moyenne un tour de cuisse mesuré à - 3.5 cm (ET = 1.5) à 10 cm de la base de la rotule et - 4 cm (ET = 2) à 15 cm (voir tableau 2).
En ce qui concerne les complications, la rééducation a été interrompue pour 1 patient en raison d'une rupture itérative, survenue en 2 temps vers le 90ème jour et en dehors du travail de kinésithérapie (cas N° 1). Il s'agissait d'une suture simple bout à bout, sans cadre métallique, sur des antécédents lourds de tendinopathie chronique, d'infiltration et de Sinding Larsen. Le patient a été réopéré avec greffe tendineuse quadricipitale renforcée et cadre métallique puis a repris sa rééducation au CERS avec un bon résultat au final. Les autres complications répertoriées se résument à 1 suspicion d'algodystrophie pour un patient dont la réparation tendineuse a été accompagnée d'une plastie extra-articulaire du LCA type Lemaire (cas N°2) . Les autres complications se résument à 1 hygroma pré-rotulien, 2 problèmes de cicatrice cutanée avec 1 surinfection résolutive sous antibiotiques et 1 désunion partielle qui n'a pas nécessité de reprise chirurgicale. Au terme de leur séjour, 3 patients présentent des douleurs modérées de l'appareil extenseur, en rapport avec un syndrome fémoro-patellaire pour 2 d'entre eux et en rapport avec des douleurs tendineuses pour l'autre patient (voir Tableau 2).
| N° dossier |
Durée immobilisation |
Délai d’admission au CERS |
Complication / Douleurs durant le séjour |
Bilan de sortie J+ |
Flexion |
Amyotrophie à 10 cm |
Amyotrophie à 15 cm< |
| 1 |
45 |
9 |
Rupture itérative J90 reprise : plastie avec TQ renforcé + cadre
métallique |
77 de la reprise |
130°
|
- |
- |
| 2 |
45 |
61 |
Suspicion AND |
86 |
115° |
5,5 |
- |
| 3 |
0 |
165 |
Douleur interne |
185 |
140° |
1.5 |
1.5 |
| 4 |
45 |
60 |
0 |
85 |
140° |
4 |
6 |
| 5 |
45 |
32 |
0 |
70 |
135° |
3 |
3,5 |
| 6 |
45 |
35 |
0 |
71 |
140° |
3 |
4 |
| 7 |
21 |
9 |
0 |
27 |
125° |
6 |
6,5 |
| 8 |
45 |
21 |
Douleur antérieure en flexion |
51 |
110° |
3 |
3 |
| 9 |
45 |
7 |
0 |
57 |
110° |
5,5 |
6 |
| 10 |
60 |
84 |
0 |
133 |
90° |
2 |
3 |
| 11 |
21 |
9 |
0 |
37 |
145° |
0 |
0 |
| 12 |
45 |
111 |
Syndrome fémoro-patellaire |
141 |
150° |
2 |
1 |
| 13 |
0 |
77 |
Douleur mécanique TR |
111 |
145° |
4 |
4 |
| 14 |
10 |
83 |
Phlébite + désunion cicatrice avec suppuration |
101 |
140° |
2 |
2,5 |
| 15 |
- |
60 |
Suppuration de la cicatrice |
70 |
135° |
4 |
3,5 |
| 16 |
45 |
94 |
0 |
104 |
125° |
6 |
6 |
| 17 |
21 |
26 |
0 |
53 |
115° |
3,5 |
5 |
| 18 |
45 |
38 |
hématome pré-rotulien |
66 |
145° |
3 |
3 |
| 19 |
28 |
42 |
Douleur mécanique TR |
67 |
130° |
2,5 |
4 |
Tableau 2
Le devenir à moyen terme :
10 patients seulement ont répondu au questionnaire soit un taux de réponse de près de 50%. Tous ont repris le sport, mais 1 seul au niveau antérieur. 2 d'entres eux invoquent soit la poursuite d'études, soit une autre blessure pour expliquer cette absence de retour au niveau antérieur. Pour les autres, la raison invoquée est la persistance de douleurs (3 cas) ou d'une appréhension (4 cas).
Le délai de reprise du sport varie entre 4 et 18 mois, avec une moyenne de 9,5 mois ET = 4,6. Le patient qui a repris le sport a 18 mois (cas N°8), a été opéré de son LCA, 8 mois après la réparation tendineuse. Si l'on fait abstraction de ce cas particulier, le délai moyen de reprise du sport est de 8,5 mois ½, ET = 3,7 (voir Tableau 3).
| N° |
Reprise du sport (mois) |
Niveau sportif |
Douleurs |
| 1 |
10 |
Baisse |
Oui |
| 3 |
9 |
Baisse |
Non |
| 6 |
6 |
Baisse |
Oui |
| 7 |
4 |
Baisse |
Non |
| 8 |
18 |
Baisse |
Non |
| 9 |
6 |
Baisse |
Non |
| 12 |
16 |
Baisse |
Oui |
| 13 |
6 |
Antérieur |
Non |
| 16 |
12 |
Baisse |
Non |
| 19 |
8 |
Baisse |
Non |
Tableau 3
IV - Discussion
L'âge :
L'âge moyen de survenue d'une rupture tendineuse rotulienne dans notre série (25.9 ans) coïncide avec les données de la littérature. Pour Kelly la rupture survient, en moyenne chez le sportif, entre 15 et 30 ans [7]. Pour Marder, l'âge moyen est plus élevé (33 ans) mais 9 des 15 patients de sa série sont des sportifs de loisir, non compétiteurs.
Le mécanisme traumatique :
Le rôle de la contraction excentrique du Quadriceps, dans la survenue de la rupture rotulienne, est largement prépondérant dans notre série. Rappelons qu'il se définit comme étant une contraction en étirement musculaire. Il est manifeste dans les mécanismes traumatiques en impulsion-réception de saut, ainsi que dans les traumatismes indirects et ceux en hyperflexion de genou, avec Quadriceps contracté. Dans ce dernier mécanisme, on peut supposer que le rôle d'une rétraction du Droit-Antérieur constitue un facteur favorisant.
En cas de lésions dégénératives inhérentes à une tendinopathie chronique, un traumatisme supposé à basse énergie peut être suffisant pour provoquer la rupture, puisque dans deux cas (cas N° 1 et 2), une simple prise d'appui ou un shoot dans un ballon sont retrouvés.
Les facteurs favorisants :
La rupture se situe le plus souvent au niveau de la jonction os-tendon, mais peut se produire également en plein corps tendineux. Elle peut survenir sur un tissu sain, en cas de traumatismes à haute énergie, mais se produit, plus volontiers, sur un tendon fragilisé. Matava [13] considère que la rupture tendineuse est le stade ultime de la tendinopathie dégénérative chronique résultant de micro-traumatismes itératifs de l'appareil extenseur. Les athlètes pratiquant un sport de détente comme le basket, le volley, le handball, … soumettent leur appareil musculo-tendineux à rudes épreuves et sont donc tout particulièrement exposés [2, 7, 9]. C'est la surcharge de travail musculaire excentrique qui est en cause.
Dans notre série les sports de détente ne sont impliqués que dans la moitié des cas, contrairement aux données de la littérature. La relative forte représentation du rugby, dans notre étude, peut s'expliquer par notre mode de recrutement. Le rugby n'est habituellement pas répertorié comme un sport pourvoyeur de pathologie tendineuse, mais on sait qu'il est susceptible de générer des traumatismes à haute énergie, pouvant être à l'origine de graves lésions tendineuses et ligamentaires.
La prise de greffon sur le tendon rotulien pour la réalisation d'une ligamentoplastie du LCA, peut également constituer un facteur de fragilisation tendineuse. Néanmoins, il est établi que le risque de rupture survient dans la majorité des cas dans les 10 premiers mois qui suivent la prise de greffe. Quelques cas de ruptures tardives du tendon rotulien ont été néanmoins rapportés dans la littérature [8, 12].
On connaît également le rôle de certains facteurs métaboliques, et de certaines substances pharmacologiques comme les antibiotiques de type Quinolones, susceptibles de fragiliser les tendons. Nous n'avons pas retrouvé ces facteurs dans notre série. L'usage des corticostéroïdes en infiltration comme traitement des tendinopathies rotuliennes est récusé de façon quasi unanime par les médecins du sport. Nous n'avons retrouvé qu'un antécédent d'infiltration dans notre série. Kelly [7] ne retrouve aucune relation entre rupture tendineuse et infiltration cortisonnée.
Les techniques opératoires
La technique la plus souvent utilisée est la suture renforcée par un cadre métallique. Ce dernier constitue une sécurité en protégeant la suture ou la reconstruction tendineuse jusqu'à obtention de la cicatrisation. Marder [11], dans son expérience, ne réalise pas de cerclage avec de bons résultats au final, dans la mesure ou la réparation est assortie d'un protocole de récupération précoce et contrôlée de la flexion (90° à 6 semaines). A terme, la différence de flexion, par rapport au côté sain, n'excède pas, selon l'auteur, une moyenne de 5°.
A contrario, l'utilisation d'un cadre métallique est susceptible de poser des difficultés pour la récupération de la flexion. Dans notre série, un patient chez qui cette protection a été mise en œuvre, a conservé une raideur à 90° à 135 jours de l'intervention. Mais en dehors de ce cas, l'utilisation d'un cadre métallique semble, dans notre série, peu retentir sur la récupération de la flexion. L'absence de contrôle à distance ne nous permet pas de savoir si tous les patients qui ont été cerclés ont récupéré une mobilité analogue à ceux qui ne l'ont pas été.
L'échantillon est trop petit pour permettre une étude comparative des techniques opératoires, et en particulier, pour mieux connaître les conséquences (tolérance, vitesse de récupération, …) de l'utilisation du PDS ou encore d'un greffon tendineux.
La qualité de reconstruction de l'appareil extenseur est essentielle sur le résultat à moyen et long terme. Outre le risque de rupture itérative, qui existe surtout en cas de suture simple, le risque de malposition de la rotule, en particulier de rotule haute (patella alta) ou surtout de rotule basse (patella baja) est réel avec des conséquences pouvant engager le pronostic fonctionnel.
L'ascension de la rotule peut être la conséquence d'une rétraction quadricipitale en cas de traitement différé de la rupture rotulienne. C'est la raison pour laquelle l'intervalle de temps entre la rupture tendineuse et la réparation chirurgicale conditionne pour Matava [13] et Levine [9] le pronostic fonctionnel. Inversement, une rotule basse peut faire suite à une rétraction du tendon rotulien, avec limitation de la flexion. Il s'agit d'une complication qui se voit plus souvent en cas de cerclage. Marder [11] a mesuré la hauteur de la rotule sur les clichés de contrôle en utilisant la méthode de Insall-Savati. Il ne trouve pas de différence significative par rapport au genou non opéré, mais rappelons qu'aucun de ses patients n'a fait l'objet d'un cerclage.
Notre étude ne nous permet, malheureusement, pas d'apporter des précisions sur ces aspects, dans la mesure où nous ne conservons pas les clichés radiographiques dans les dossiers, ceux-ci étant restitués aux patients.
Les modalités de la rééducation :
Il est habituellement admis que le délai d'immobilisation en extension est d'environ 4 semaines avec appui autorisé, sous couvert d'une attelle et de 2 cannes anglaises. Le travail actif de la flexion et le travail passif de l'extension peuvent être débutés vers la 3ème semaine post-opératoire, sans chercher à dépasser 90° de flexion jusqu'à la 6ème semaine post-opératoire. Au-delà de ce délai, l'objectif est la récupération complète de la mobilité.
La mobilisation, dans des délais relativement précoces et dans le respect des processus de cicatrisation, est importante car elle favorise la cicatrisation tissulaire et permet de préserver les propriétés mécaniques du tendon. Loitz [10] a, étudié le rôle de la mobilisation passive, comparativement à l'immobilisation stricte de tendons de rats, durant 3 semaines. Il a montré, par des tests de mesure de la résistance maximale tendineuse à l'étirement, et par l'étude du métabolisme du tissu conjonctif, que la mobilisation passive réduit les conséquences néfastes de l'immobilisation sur les propriétés mécaniques du tendon, et favorise le métabolisme du tissu tendineux.
De la même façon, il importe de soumettre précocement le tendon à des contraintes mécaniques progressives, dans le respect des processus de réparation tissulaire, de façon à améliorer la résistance tendineuse. Heikkinen [5] a mis en évidence le fait que le métabolisme du collagène augmente avec l'activité physique et inversement. De son côté Enwemeka [4] a montré, toujours chez le rat, que la mise en contrainte précoce, par la fonction ambulatoire, de tendons de rats réparés après ténotomie, contribue à augmenter la résistance tendineuse. La force nécessaire à la rupture tendineuse est ainsi doublée par rapport au groupe contrôle (immobilisation).
Le travail de réveil du quadriceps, doit être débuté à partir de techniques de neurofacilitation, et cherche à obtenir une ascension de la rotule en extension de genou. Il faut récuser tout travail d'élévation du membre inférieur jambe tendue, trop contraignant pour l'appareil extenseur. On sait, suite aux travaux de Steinkamp, qu'entre 0 et 60°, les contraintes sur l'appareil extenseur sont beaucoup moins importantes en chaîne fermée, qu'en chaîne cinétique ouverte [14]. La technique de "l'écrase coussin " qui constitue un travail en chaîne fermée est tout particulièrement intéressante.
La mise en œuvre d'un travail dynamique du quadriceps ne doit pas avoir lieu avant le 45ème jours post-opératoires. Le bénéfice du travail musculaire dynamique par rapport au travail musculaire isométrique semble réel. Selon Josza cité par Järvinen [6], à propos du tendon d'Achille, il apparaît que le flux sanguin augmente après réalisation de contractions musculaires dynamiques, alors qu'il diminue lors de contractions statiques.
Si le travail des ischio-jambiers peut s'effectuer en chaîne ouverte, le travail du quadriceps s'effectue donc en chaîne fermée sur CCF 100 qui permet un travail en position assise avec résistance modulable. Le travail sur presse, stepper, intervient plus tard dans le protocole de rééducation et toujours de façon progressive entre le 60ème et le 90ème jour. Le travail sur presse est intéressant puisqu'il allie au travail concentrique un travail excentrique doux particulièrement propice au processus de cicatrisation tendineux, en favorisant le réarrangement, en particulier, longitudinal des fibres de collagène, ainsi que leur résistance à la traction [1, 16].
Le travail isocinétique est à envisager entre le 90ème et le 120ème jour, en concentrique selon la pyramide inversée de Davies, en privilégiant au début un travail à haute vitesse, moins contraignant. Il doit également être effectué sur un mode excentrique selon le protocole dérivé de Stanish [15, 16], progressif en résistance et en vitesse, dans la mesure où la contraction statique du quadriceps en course externe est indolore.
Le respect rigoureux des consignes du chirurgien, et des principes de rééducation permet d'éviter la survenue d'une rupture itérative du tendon rotulien. Malgré ces précautions, ce risque existe et doit toujours rester présent à l'esprit du rééducateur.
La reprise du sport :
Pour Claude [2], la reprise du sport se situe entre 4 et 6 mois, dans la mesure où la flexion atteint 120° et où le déficit musculaire ne dépasse pas 10% par rapport au côté sain. Pour Kelly la reprise de l'activité sportive antérieure à l'accident survient entre 5 et 8 mois. Marder obtient un délai de retour au sport significativement plus précoce pour les sportifs compétiteurs que pour les sportifs de loisir, avec respectivement une reprise à 8 mois +/- 2.5 contre 11.5 mois +/- 3.2 ( p = 0.3).
Le délai moyen de reprise du sport apparaît un peu plus tardif dans notre étude. L'existence d'une lésion du pivot central accroît considérablement ce délai (cas N°8), dans la mesure où le traitement des lésions doit être réalisé en 2 temps.
Si tous les patients qui ont répondu au questionnaire ont repris le sport, un seul a retrouvé son niveau antérieur. Pour les autres la baisse de niveau, lorsqu'elle n'est pas liée à des problèmes annexes, tels que la poursuite d'études, n'est pas toujours la conséquence de douleurs mais peut être imputable à une appréhension résiduelle.
Pour Kelly [7], tous les patients qui souffraient de douleurs de l'appareil extenseur avant la rupture, continuent de souffrir après la reprise sportive, et les plus mauvais résultats concerne, selon l'auteur, ceux qui présentent une chondromalacie et/ou une patella alta. Pour Marder, 5 des 14 patients opérés signalent des douleurs de l'appareil extenseur à 2,6 ans en moyenne après l'intervention.
V - Conclusion
Bien que rare, la rupture du tendon rotulien du sujet jeune ne concerne pas que les sports de détente, et ne survient pas toujours sur un tendon dégénératif. Elle est synonyme d'une rééducation longue, délicate, et contraignante. Par sa gravité, elle est susceptible de remettre en cause la carrière du sportif de haut niveau. Sa prévention, repose sur la réalisation, très régulière, d'exercices d'étirement du Droit antérieur, de manière à restituer au quadriceps toute sa capacité " d'absorbeur d'énergie " et à diminuer les forces de traction sur le tendon lors des traumatismes en hyperflexion. Il importe, en outre, de mettre en œuvre dans le cadre de la préparation physique, de façon régulière, des exercices basés sur la réalisation d'un travail excentrique codifié, visant à augmenter la résistance tendineuse, tout en modulant la charge globale de travail imposée aux tendons. Le travail excentrique constitue, à tous les stades, un mode de renforcement incontournable dans la prise en charge, préventive et thérapeutique, de la pathologie tendineuse [3, 17].
BIBLIOGRAPHIE
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2 - Claude E, Nichols M.D. Patellar tendon injuries. Clinics in sport medicine. 1992 :11 (4)
3 - Cummings J. In Albert TM. Excentric muscle training in sports and orthopedics 1991 ; 19, Churchill Livingstone Inc
4 - Enwemeka CS, Spielholz NI, Nelson AJ: The effect of early function ambulatory activities on experimentally tenotomized Achilles tendons in rats. Am J Phys Med Rehabil 1988, 67 (6), 249-9
5 - Heikkinen E, Vvori I : Effects of physical activity on metabolism of collagen in aged mice. Acta Physiol Scand 1972, 84 (4), 543-549
6 - Järvinen M, Kannus P, Komi PV. Biomécanique du tendon et application clinique chez le joueur de football. Sport Med 1998 ; 103 : 8-12
7 - Kelly DW, Carter VS, Jobe FW, Kerlan RK. Patellar and quadriceps tendon rupture-jumper's knee. AM J Sport Med 1984; 12(5) :375-30
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